Les géants de Zion

L’aventure commence souvent là où on ne l’attend pas. Un voyage d’affaires pour une conférence à Las Vegas s’est transformé en une expédition mémorable vers les terres rouges de l’Utah.

Notre périple commence un vendredi soir à Montréal. Nous avons pris un vol direct vers Las Vegas, arrivant vers 22h sous les lumières du Strip.Pour cette courte escale, on a choisi un classique mais surtout un prix : le Flamingo. L’hôtel est très « Vegas », mais pour nous, c’était juste un pied-à-terre stratégique. Pas de temps pour les casinos ou les spectacles ! L’objectif était simple : dormir quelques heures et être d’attaque.

Notre objectif : Trois jours de randonnées dans le parc de Zion. Zion est à 2h30 de route de Vegas et offre des panoramas à couper le souffle. Nous avons bâti notre itinéraire avec les top 10 trails recommandés dans cette vidéo youtube. Nous avons d’ailleurs fait les 10 trails !

Jour 1 : L’entrée dans le sanctuaire de pierre

La route entre Las Vegas et Zion est un mirage permanent où les montagnes jouent avec vos yeux avant de laisser place à des parois gigantesques. Dès la sortie de la ville, le désert s’installe. C’est une route fascinante : on voit les montagnes au loin, elles semblent proches, mais elles jouent avec nos yeux. On roule, on roule, et soudain, le paysage bascule. Les petites collines laissent place à des parois gigantesques. On traverse des canyons magnifiques avant même d’avoir franchi les portes du parc.

Attention au décalage horaire ! En passant du Nevada à l’Utah, on perd une heure. Un détail crucial dans la planification de la journée.

Nous débutons notre aventure par Kolob Canyons, la portion plus au nord du parc de Zion. Petite surprise, les tarifs pour les étrangers ont explosé… Jasmin, le frère d’Angèle, avait payé 80$ US pour toute sa famille il y a quelques années. Cette fois, c’était 235$ US pour la même chose ! Pour 15$ US de plus, nous avons pris la passe annuelle des parcs nationaux américains. Une assurance si jamais on fait d’autres treks cette année.

Notre première rando, le Timber Creek Overlook trail, une mise en jambe de 1,5 km facile mais qui nous menait à un point de vue grandiose. Étant là tôt, nous étions pratiquement seuls. Dans un monde qui ne s’arrête jamais, on s’est assis pour méditer et « écouter le vide ». Un silence absolu, rare et précieux.

Après ce premier amuse gueule, une heure de route et nous arrivons à la ville de Springdale (où nous logions), et ou nous avons enchaîné immédiatement quelques treks :

Les Petroglyph Pools : Un site archéologique moins fréquenté avec des dessins ancestraux gravés dans la pierre. C’est là que l’application AllTrails nous a sauvés pour rester sur le bon chemin car il n’y avait aucune identification !

Canyon Overlook Trail : Juste après le célèbre tunnel dans la montagne, cette piste est un incontournable. Le sentier longe la falaise et offre une vue plongeante sur la vallée.C’est là que mon rapport aux hauteurs a été testé. J’ai réalisé que ce n’est pas la hauteur qui me fait peur, mais le vide (acrophobie). Tant que je suis attaché (comme en Bungee), ça va. Mais au bord d’une falaise, cette crainte pour moi et pour les autres remonte à la surface. Ça n’enlève rien à la beauté du spectacle, mais ça rend chaque pas plus conscient !

Pour clore cette première journée, un dernier petit trek, le Lower Pine Creek qui mène à une chute d’eau un peu plus isolée. En chemin, on a croisé d’autres randonneurs qui faisaient demi-tour, nous disant que le passage était bloqué et qu’on ne pouvait voir la chute que de loin. C’était mal me connaître ! En explorant un peu, j’ai fini par débusquer non pas un, mais deux chemins possibles. Ce n’était pas simple, et on a dû travailler en équipe pour franchir les obstacles. Mais l’effort en valait la peine : on s’est retrouvés seuls au monde au pied de cette petite chute, à savourer la victoire et le silence de la nature.

De retour à Springdale, on a pris possession de notre chambre. La vue depuis l’hôtel sur les parois de grès rouge qui s’illuminent au coucher du soleil, était magnifique.

Plutôt que de courir les restaurants, on a opté pour la simplicité : un arrêt à l’épicerie locale pour préparer nos lunchs du lendemain et un petit souper tranquille dans la chambre. L’adrénaline commençait déjà à monter, car nous avions en main le précieux sésame : un permis pour Angels Landing. Depuis quelques années, on ne monte pas sur Angels Landing sur un simple coup de tête. Il faut un permis. Le système fonctionne par loterie, nous avons joué et nous avons gagné.

On savait que la journée du lendemain serait technique, exigeante et mettrait ma peur du vide à rude épreuve. On a donc préparé les sacs et éteint les lumières tôt, prêts à affronter le défi au lever du jour.

Jour 2 : Angels Landing, Le combat contre le vide

Le réveil sonne alors qu’il fait encore nuit noire. Nous sommes les premiers au déjeuner de l’hôtel : café noir, assiette bien remplie, le calme avant la tempête. Nous arrivons à l’entrée de Zion sitôt qu’il n’y a même pas encore de gardien au poste. En cette basse saison, les navettes ne circulent pas, ce qui nous permet d’entrer avec notre propre véhicule. C’est un luxe immense qui nous évite la foule des grands jours.

Le sentier commence par une ascension soutenue. On grimpe en lacets serrés, gagnant rapidement de l’altitude. En chemin, la nature nous offre un moment de grâce : une maman cerf et ses deux faons qui broutent paisiblement, à quelques mètres de nous. Après une heure de marche, nous atteignons Scout Lookout. C’est le point final pour plusieurs, car c’est ici que débute la section réglementée : la fameuse crête d’Angels Landing.

C’est ici que le vrai travail commence. Pour moi, le défi n’est pas physique, il est psychologique. Angels Landing, c’est plus de 300 mètres de vide de chaque côté, une paroi de grès étroite et quelques chaînes pour seule sécurité. Depuis l’an 2000, 18 personnes y ont perdu la vie. C’est le genre de trail qui te joue dans la tête…

Angèle avance devant. Je préfère ne pas la voir pour ne pas projeter ma peur sur elle et rester concentré sur mes propres pas. À plusieurs reprises, je dois m’arrêter. Je me parle, je me convaincs que ce n’est que de l’inconfort, que je suis plus fort que ma peur.

« Chaque pas me rapproche du sommet »
“Je ne peux pas croire qu’il laisse le monde faire ça !”
“Ce n’est pas de la peur, c’est juste de l’inconfort”

À un certain point, j’ai failli craquer. J’étais prêt à dire à Angèle de continuer seule. Un pas à la fois, en serrant les chaînes et les dents, j’ai continué. Arrivée à un premier plateau, elle est revenue vers moi : « Est-ce que tu veux que je te prépare pour la suite ? ». Ça voulait en dire long…  Le contraste était frappant, Angèle avançait avec une plus grande aisance pendant que je tremblais intérieurement. Mais quand nous avons enfin atteint la crête finale, plus large, et que nous nous sommes assis au sommet, tout a lâché.

La pression, l’adrénaline, la peur accumulée… les larmes se sont mises à couler toutes seules. Ce n’étaient pas des larmes de peur, mais des larmes d’accomplissement. J’avais repoussé ma limite la plus profonde. Cette épreuve était de loin la plus difficile de toute ma vie. Le plus surprenant ? Le chemin du retour a presque été facile. En affrontant ma peur à l’aller, je l’avais apprivoisée et j’ai repoussé cette limite.. J’ai enfin pu lever les yeux et profiter réellement du paysage spectaculaire que je n’avais fait qu’entre voir lors de la montée.

Le permis limite l’accès à environ 250 personnes par jour. En haute saison, ça limite le nombre de personnes sur les chaînes, ce qui rend l’expérience (un peu) plus sécuritaire. Si vous le pouvez, visez la basse saison pour vivre cette expérience avec un peu plus d’espace vital.

De retour en sécurité, les jambes encore un peu flageolantes, nous sommes descendus et avons retrouvé la voiture. Mais la journée était loin d’être finie. On a déniché une énorme pierre chauffée par le soleil, surplombant la rivière. C’était l’endroit parfait pour casser la croûte. On s’est allongés sur le roc, pour recharger les batteries avant d’attaquer la deuxième moitié de notre programme.

L’après-midi allait faire travailler notre endurance. Nous nous sommes lancés sur la Kayenta Trail et nous avons enchaîné sur la boucle des Emerald Pools. Ce n’est pas le trek le plus difficile techniquement, mais après l’adrénaline du matin, les 10 kilomètres accumulés commençaient à peser dans les muscles. Sur cette piste, on y découvre trois niveaux de bassins alimentés par une chute vertigineuse. C’est une randonnée plus douce, plus contemplative, qui permet de faire redescendre en pression.

Avant notre retour à Springdale, nous nous sommes arrêtés pour faire un dernier trek, Court of the Patriarchs. Pas de sac a dos, juste une petite marche simple, avec une vue sur ces mastodontes avant de reprendre la route vers l’hôtel. Nous avons enchaîné avec notre rituel gagnant : épicerie, souper tranquille à la chambre et repos total. On a écouté un épisode de la série Les Crinqués. C’était étrange et puissant de voir les candidats lutter avec leurs émotions et leurs limites, alors que je venais de passer la journée à combattre mes propres démons sur la falaise. Ça m’a permis de processer ce que je venais de vivre.

Le lendemain, c’était le 2 février, mon anniversaire ! Et pour fêter mes 43 ans, on avait prévu quelque chose de radicalement différent : The Narrows.

Avant de dormir, nous sommes allés louer notre équipement spécialisé : des bottes robustes, des bas en néoprène et une combinaison étanche. Pourquoi ? Parce que pour ce trek, il n’y a pas de sentier… le sentier, c’est la rivière elle-même, avec de l’eau qui peut monter jusqu’à la taille. On s’est couchés avec un mélange d’excitation et d’appréhension, prêts à plonger dans les entrailles du canyon.

Jour 3 : L’anniversaire givré dans les Narrows

Même si c’est mon anniversaire, le réveil sonne aux petites heures. On avale un déjeuner rapide et on roule 45 minutes pour atteindre le fond de la vallée. Il fait plus froid ici… On enfile toutes nos couches : chandails thermiques, vestes chaudes, cache-cou, tuques. Par-dessus tout ça, on ajoute l’équipement de combat : une salopette étanche montant jusqu’au torse et des bottes hydrofuges. C’est une armure nécessaire, car dans le fond du canyon, la température de la rivière Virgin frôle le point de congélation.

Marcher dans les Narrows, dans la rivière Virgin, c’est un combat contre le courant et l’équilibre. Le fond de la rivière est jonché de galets glissants. Avec notre bâton de marche, on sonde chaque trou pour éviter de basculer. Si l’eau entre dans la salopette, l’aventure se termine brusquement dans le froid intense. Le canyon est si profond et étroit qu’en six heures de marche, nous n’avons vu le soleil environs 15 petites minutes. Les formations rocheuses sont d’une beauté irréelle, changeant de couleur à chaque tournant. À un moment, l’eau est montée si haut qu’on a dû porter nos sacs à dos à bout de bras au-dessus de nos têtes pour passer.

À environ 500 mètres de la fin du parcours (bloqué par une chute d’eau trop profonde pour notre équipement), on s’est hissés sur un énorme rocher pour le lunch. C’est un moment spécial : fêter son anniversaire au milieu de cathédrales de pierre, entourés par le fracas de l’eau. Le retour, bien que sur le même chemin, nous a offert des perspectives totalement différentes. On a réalisé que marcher dans l’eau glaciale en plein hiver n’était pas seulement possible, c’était une idée de génie grâce à la qualité de l’équipement.

Le soir même, il fallait déjà quitter ce sanctuaire pour retourner à l’effervescence de Las Vegas. Nous avons rendu la voiture de location, prêt à entamer ma conférence Google le lendemain matin. Angèle est aussi restée à Las Vegas toute la semaine, travaillant à distance depuis la chambre d’hôtel, mais nos cœurs étaient encore dans les sentiers de l’Utah.

Le bilan de Zion

C’est un parc que tout les amoureux de nature devrait visiter au moins une fois. Entre l’adrénaline verticale d’Angels Landing et l’immersion aquatique des Narrows, on en ressort transformé.

Explorer le parc de Zion en basse saison a été, pour nous, une révélation. Contrairement à la période estivale, nous avons profité d’une flexibilité totale puisque nous pouvions circuler d’un point à l’autre avec notre propre voiture au lieu de dépendre du système de navettes. Malgré cela, nous avons été surpris par le nombre de visiteurs déjà présents ; on imagine sans peine que l’afflux massif en haute saison doit radicalement transformer l’expérience.

Côté météo, la basse saison reste un pari : les températures sont variables et la neige peut même s’inviter dans le décor. Nous avons eu une chance inouïe avec un mercure oscillant entre 15 et 20 degrés. Quand on sait qu’en plein été, le thermomètre frôle les 40 degrés, effectuer ces mêmes randonnées sous une chaleur écrasante doit représenter un défi physique d’un tout autre niveau.

Et maintenant que nous avons notre accès annuel, on regarde déjà la carte des États-Unis. Qui sait où le travail nous mènera en 2026 ? Notre « assurance » de 15$ US en poche, et on a bien l’intention de s’en servir pour transformer un autre voyage d’affaires en une aventure inoubliable.

Budget pour 2 personnes (3 jours, 3 nuits à destination)

Montants en dollars canadiens ($CA)

Transports (Voiture, essence)266 $
Hébergement (1 nuit Vegas, 2 nuits Zion)502 $
Activités (Passe annuelle, Loterie Angel’s Landing, Équipements pour Narrows)559 $
Nourriture (Angèle avait apporté toutes nos collations dans ses valises) 85 $
Autres (Alltrails premium, Casquette)61 $
TOTAL1473 $

2 réflexions sur “Les géants de Zion

  1. wow! Je suis impressionnée de votre 2e journée de rando!! bravo!Nous y sommes allés en octobre 2023 et il y avait BEAUCOUP de monde…Nous étions stationné au parking #9 après avoir traversé le parc sans parking dispo…plein de pertes de temps…heureuse que votre expérience ait été plus satisfaisante! bravo d’avoir bravé ta perte du vide Yan! toujours un plaisir de vous lire!Julie

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