Mourir à Varanasi

Bordant le fleuve sacré du Gange, Varanasi, ou la cité des morts, accueillent sont lot de touristes, de pèlerins et de personnes sur le point de trépasser. Mourir à Varanasi, c’est la quête d’une délivrance du cycle de la réincarnation. Reconnue pour ses berges recouvertes de marches de pierres, les Ghats permettent aux hindous de rejoindre facilement le Gange et de s’y baigner pour se laver de tous leurs péchés. Certains Ghats ont une utilisation particulière…

Cinq minutes, c’est le temps que cela à pris, une fois rendu sur les Ghats, pour que nous assistions à une première crémation. Déposé sur un bûcher, recouvert de fleurs et entouré d’un drap blanc, un corps est sur le point de s’envoler en fumée. Un Brahmane effectue un rituel pour cette personne devant quelques hommes rassemblés pour l’occasion. Sa famille, ses amis, des curieux? Impossible de savoir, un peu de tout ça à la fois. Aucune femme hindoue à l’horizon toutefois, la cérémonie ne semble être réservée qu’aux hommes. Une fois le rituel terminé, le Brahmane enflamme le bûcher. Tous et chacun assistent à cet adieu digne d’une scène de film.

Impossible de calculer le nombre de corps que nous avons vus défiler dans les ruelles et le nombre de crémations auxquelles nous avons assistées lors de notre passage à Varanasi. Plus de 300 corps sont brûlés chaque jour sur les Ghats, 24h sur 24h.

Un petit corps arrive dans les bras d’un homme. Trop petit pour être un adulte… Le petit corps est déposé sur une grosse pierre. Deux hommes attachent solidement le corps sur celle-ci avant de charger la pierre et le corps dans une barque. La barque s’éloigne de 150m de la rive et la pierre est basculée au fond du Gange. Les enfants de moins de 10 ans sont automatiquement exclus du cycle de la réincarnation, ils sont déjà purs, donc pas de crémation. Aucune larme, pas de cérémonie, on ne voit personne en deuil, ça doit se vivre dans la maison… autre religion, autres coutumes, la vie, la mort, c’est comme ça ici et c’est tout.

Comme vous pouvez le comprendre, les photos se font plutôt rares dans ce genre de situation. Le respect des traditions, les derniers adieux… c’est ce que je croyais concernant la photographie. La vérité est un peu différente… Les rabatteurs refusent catégoriquement de laisser les gens prendrent des photos et peuvent même devenir agressifs avec quelqu’un qui tente le coup sans fournir quelques billets… Adieu la tradition et le respect du défunt en échange d’une généreuse donation…

Une balade en bateau sur le Gange offre une vue magnifique des Ghats et est un endroit de prédilection pour quelques photos si l’on sait rester discret.

Splouch… Une sandale dans la bouse de vache. Les trois filles n’en peuvent plus de rire. La ville est remplie de vaches sacrées. Personne ne semble vraiment s’occuper des «sacrés» cadeaux laissés aux passages de celles-ci. Il n’y a pas que des vaches qui se promènent librement dans la ville, mais aussi d’innombrables chèvres. Comme elles mangent de tout et de rien, elles aident à nettoyer la ville… À constater l’état de la ville, il manque clairement de chèvres…

Sale, très sale. C’est probablement la plus sale des villes que nous avons vues jusqu’à présent. Aucunement en raison de la crémation des corps, mais beaucoup plus en raison des animaux qui s’y promènent librement. Il y a quelques tentatives pour améliorer la qualité sanitaire de la ville telle que les «Holy bin» (poubelles sacrées) installées à certains endroits sur les Ghats, mais tout est à faire. Certains endroits empestent l’urine à en tuer un cheval. Pas que les animaux qui laissent leurs traces, les hommes aussi urinent un peu partout… Le tout coule doucement dans le Gange, à quelques mètres de ceux qui s’y lavent. Un peu plus haut sur fleuve, les usines y déversent leurs produits toxiques, faute de ne pas savoir quoi en faire. Sacré je suis d’accord, pur… on repassera.

Splouch… Encore une sandale dans la bouse de vache. Je ne ris plus du tout… mais les trois autres se meurent de rire. Un peu de temps seul à l’avant du groupe pour pratiquer quelques mots saints suite à cette deuxième mésaventure en moins d’une heure. Le vieux dicton joue contre moi… jamais deux sans trois…?

Varanasi ce n’est pas que les Ghats de crémations et les vaches sacrées. C’est aussi des gens étranges, des gens passionnés, des enfants qui font voler des cerfs-volants et des milliers de petites ruelles dans lesquelles il est agréable de s’y perdre durant des heures. Nous y avons cherché le très réputé Blue Lassi Shop. Ce petit restaurant sert d’excellents Lassis (yaourt indien) qu’il fait bon déguster après une longue marche. Tellement bon que nous avons tenté l’aventure deux fois plutôt qu’une.

Splouch… Outre le fait d’avoir presque tombé sur le dos, nous avons bien ri tous les quatre. Le défi était doublement important pour les filles maintenant: ne pas mettre le pied dans la crotte de vache pour laisser papa seul avec ses honneurs. Pour être certaines de réussir l’exploit, elles travaillaient en équipe pour se surveiller les unes les autres. Bref, je suis le seul à avoir eu la chance de vivre cette expérience, elles ne sauront jamais ce que c’était.

Cette ville nous a fait avoir de bonnes discussions avec les enfants sur le passage de la vie vers la mort. C’est une réalité, une culture et un rituel de passage à découvrir peu importe l’age. Chacun d’entre nous avons vécu cet arrêt de façon différente, mais ce n’est que collectivement que nous en sommes ressortis grandis. Il n’y a qu’une certitude, c’est que nous allons tous mourir un jour. Mieux vaut apprendre à apprivoiser cette fatalité.

S’il y a une chose que j’ai apprise à Varanasi, c’est de bien regarder où je mets les pieds…,

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2 réflexions sur “Mourir à Varanasi

  1. Article quelque peu macabre quant au sujet, mais comme tu m’as fait rire lorsque tu nous partage ton passage dans la bouse de vache. C’est quand même incroyable de réaliser comme les coutumes entourant la mort peuvent être différentes ailleurs, et si étrange à nos yeux… Merci pour ce partage et pour les rires….

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